Pourquoi offrir un congénère de la même espèce à son oiseau est essentiel

|François Lecointre
Pourquoi offrir un congénère de la même espèce à son oiseau est essentiel
Chez les psittacidés (perroquets, conures, aras, cacatoès, caïques…), la dimension sociale n’est pas un détail : c’est un besoin biologique. Dans la nature, un Psittacus erithacus (Gris du Gabon), un Cacatua roseicapilla (Cacatoès rosalbin) ou un Pionites melanocephalus (Caïque maïpouri) ne vit jamais isolé. Il est intégré à un groupe, à un couple ou à une structure sociale stable.
Lorsqu’on maintient un oiseau seul, on lui demande en réalité de vivre dans une situation que son espèce ne connaît pas à l’état naturel. Cela ne se voit pas toujours tout de suite, mais à moyen ou long terme, l’isolement peut entraîner des troubles du comportement, du stress ou une mauvaise socialisation.

Cet article a pour but d’expliquer de manière professionnelle pourquoi il est fortement recommandé, dès que c’est possible, d’offrir à un oiseau un congénère de la même espèce.

1. Les psittacidés sont des animaux sociaux:

La majorité des espèces de perroquets sont dites grégaires. Dans leur milieu naturel, elles :
  • se déplacent en groupe pour se nourrir,
  • communiquent en permanence par cris de contact,
  • se toilettent mutuellement (comportement d’allopreening),
  • forment des couples durables.
Un oiseau maintenu seul doit donc transférer tous ses besoins sociaux sur l’humain. Or, l’humain ne parle pas “perroquet”, ne dort pas au même moment, ne toilette pas le plumage, ne répond pas aux cris de distance. Même un humain très présent ne remplace pas un congénère.
À l’inverse, deux individus de la même espèce peuvent échanger l’ensemble du répertoire social prévu par la nature.

2. Pourquoi de la même espèce ?

On entend parfois : « J’ai déjà un autre oiseau, donc il n’est pas seul. » C’est mieux que rien, mais ce n’est pas l’idéal.
Deux individus d’espèces différentes n’ont pas toujours :
  • le même langage vocal,
  • le même rythme d’activité,
  • le même tempérament,
  • la même taille,
  • ni les mêmes codes de toilettage ou de jeu.
Un Psittacus erithacus n’interagit pas comme un Aratinga solstitialis (Conure soleil), et un Cacatua n’a pas le même niveau d’exubérance qu’un petit Pyrrhura.
En proposant un congénère de la même espèce, on donne à l’oiseau un partenaire qui comprend immédiatement ses signaux, sa posture de jeu, ses cris d’alarme et ses demandes d’interaction. La socialisation est plus naturelle, plus rapide, moins conflictuelle.

3. Les bénéfices comportementaux:

a) Diminution du stress et de l’ennui : 

La présence d’un congénère occupe l’oiseau. Il n’attend plus le retour du propriétaire pour interagir. Il joue, il vocalise, il explore. Cela réduit très nettement les comportements d’hyper-attachement à l’humain.

b) Prévention des troubles du comportement : 
De nombreux troubles observés chez les perroquets de compagnie isolés sont liés à la frustration sociale.
  • picage ou arrachage de plumes,
  • vocalisations excessives,
  • agressivité redirigée,
  • comportements stéréotypés.
Le fait de vivre à deux permet de canaliser l’énergie et de réduire ces dérives.

c) Apprentissage social:
Un oiseau apprend beaucoup en observant un autre oiseau : comment manipuler un enrichissement, comment se laver, comment se percher, comment se nourrir de certains aliments. Un jeune individu placé avec un adulte bien socialisé progresse plus vite.

4. Les bénéfices émotionnels:

Les psittacidés sont capables de former de véritables liens de pair à pair. Certaines espèces forment même des couples pour plusieurs années.
La possibilité de dormir près d’un congénère, d’être toiletté à des endroits inaccessibles (nuque, tête), de recevoir des réponses à ses cris de contact, participe à la sécurité émotionnelle de l’oiseau.
Un oiseau sécurisé est un oiseau plus stable, moins bruyant, plus confiant avec l’humain.

5. L’argument souvent avancé : “Il sera moins proche de moi”:

C’est une inquiétude fréquente. Dans les faits, un oiseau qui n’est pas en manque chronique d’interaction est souvent plus agréable avec l’humain. Il n’est plus dans la demande permanente, il n’a plus besoin de mordre pour rappeler l’attention, il n’est plus jaloux de chaque sortie.
Avoir un congénère ne supprime pas le lien humain-oiseau, cela le rend plus sain : l’humain n’est plus le seul support social, il devient un partenaire d’activités parmi d’autres.

6. Comment bien introduire un congénère:

Pour que cela fonctionne, l’introduction doit être faite correctement.
1. Quarantaine sanitaire
Tout nouvel oiseau doit être observé et, idéalement, vu par un vétérinaire aviaire avant d’être placé dans la même pièce que l’oiseau déjà présent. On évite ainsi la transmission de parasites ou de maladies.
2. Mise en présence progressive
On commence par des cages séparées, dans la même pièce, afin que les oiseaux se voient et s’entendent sans contact physique. On observe les réactions.
3. Neutralité du territoire
Si l’oiseau résident est très territorial, il peut être utile de proposer un espace légèrement réaménagé pour que les deux découvrent en même temps et qu’aucun ne “possède” tout.
4. Surveillance des premières interactions
Tant que la hiérarchie n’est pas posée, on surveille. On tolère de petites intimidations, mais jamais les attaques répétées ou les poursuites stressantes.
5. Même espèce, gabarits compatibles
Cela limite fortement les accidents et favorise les comportements de couple ou de groupe.

7. Les cas particuliers:

  • Oiseau ayant vécu seul longtemps : il peut mettre plus de temps à accepter un congénère. Cela n’invalide pas l’intérêt d’en proposer un, mais demande plus de progressivité.
  • Oiseau très imprégné humain : il peut manifester de la jalousie au début. Souvent, cela s’estompe quand il comprend qu’il garde tout de même des interactions avec son propriétaire.
  • Différences d’espèce : parfois, on ne trouve pas de congénère exact. Dans ce cas, on privilégie au minimum un oiseau de taille proche, au comportement social semblable (par exemple deux espèces de Pyrrhura).

8. Ce qu’il faut retenir:

  • Les psittacidés sont conçus pour vivre à plusieurs.
  • L’isolement prolongé est une construction humaine, pas un mode de vie naturel.
  • Un congénère de la même espèce répond au besoin de communication, de toilettage, de jeu et de sécurité.
  • La cohabitation bien faite réduit fortement les troubles du comportement.
  • Le lien avec l’humain n’est pas perdu, il est rééquilibré.

1 commentaire

Bonjour
Je trouve ton blog plus tôt bien et bien expliqué 👍😉 et bien détaillé,
👍👍👍👍👍👍
Bonne journée
À bientôt

Julie souliol kerivel

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